Dans le terrarium brumeux de la pandémie - vitres embuées par la respiration -, il était difficile de prévoir l'avenir. Ce fut une période d'intenses réflexions, un repli sur soi. Le quatuor The Ophelias, originaire de Cincinnati, venait de sortir Crocus (2021), un album qu'ils n'avaient pu promouvoir en tournée. Pourtant, de cette période d'incertitude et de déraillement est né Spring Grove, leur quatrième album. Spring Grove regorge de réflexions saisissantes et de cette nostalgie devenue la marque de fabriquedu groupe - des références lyriques à leurs lieux de prédilection à Cincinnati, notamment le cimetière qui a inspiré le titre de l'album - mais aussi d'une perspective nouvelle et plus aiguë. On y trouve des prémonitions, des signes et des rêves prophétiques, comme un regard porté sur la vie depuis les hauteurs.Cela découle en partie d'un diagnostic de TOC posé à la chanteuse et compositrice Spencer Peppet pendant la pandémie. « Gérer des problèmes médicaux engendre une conscience corporelle exacerbée », explique-t-elle, « une forme de distanciation qui me permet de me voir de l'extérieur. » Mais cette nouvelle perspective provient aussi de la compréhension plus profonde qui accompagne la maturité : la capacité de percevoir les failles et les schismes que le regard de la jeunesse pourrait ignorer. Les Ophelias existent depuis l'adolescence, mais Spring Grove marque une évolution dans leur son et leur narration, car elles portent un regard aiguisé sur le terrain complexe des relations et des dynamiques de pouvoir, analysés à travers les méandres de l'esprit.