449 millions d’euros en six mois, des revenus du vinyle qui progressent pendant que le CD décroche, un titre resté 28 semaines en tête du Top Singles, et des critères d’éligibilité inédits pour les enregistrements produits avec de l’intelligence artificielle. Le bilan du SNEP pour le premier semestre 2026 est plus distrayant qu’il en a l’air. Nous en avons tiré l’essentiel, chiffres marquants inclus.
Le marché de la musique 2026 en cinq chiffres
Ce qui frappe dans ce bilan, c’est sa régularité. 268 millions d’euros en 2020, 336 en 2021, 355 en 2022, 392 en 2023, 415 en 2024, 434 en 2025, 449 aujourd’hui. Pas un seul semestre en recul depuis six ans. Une industrie que l’on donnait pour condamnée il y a quinze ans affiche désormais la courbe la plus ennuyeuse qui soit, et c’est une excellente nouvelle pour elle.
Le détail poste par poste est consultable dans le bilan publié par le SNEP.
Vinyle contre CD : l’écart se creuse
Le vinyle pèse désormais environ 58 % du marché physique en valeur, le CD 38 %. L’écart entre les deux supports atteint 16,6 millions d’euros sur six mois, contre 8,4 millions un an plus tôt. Il a doublé en douze mois. Précision utile : le SNEP publie des revenus, pas des volumes. Le vinyle est premier support physique en valeur, ce qui ne dit rien du nombre d’unités vendues.
L’explication tient en une phrase : le CD servait à écouter, et cette fonction a été absorbée par le streaming. Le vinyle, lui, sert à posséder. On achète le disque d’un artiste que l’on écoute déjà en abonnement, pour la pochette, pour le geste, pour l’objet.
Une curiosité au passage. La ligne « autres audio » du tableau SNEP, seule ligne du marché physique en progression avec le vinyle, gagne 15,1 %. Elle représente 39 000 euros sur le semestre, soit environ un millième du vinyle. Le rapport n’en détaille pas la composition.
Le semestre offre une illustration parfaite de la logique du support physique. Dans un classement général largement dominé par la production française, c’est BTS qui rafle la première place du Top Albums Physique avec ARIRANG. Un public de fans mobilisés achète encore des objets, et il les achète en masse au moment de la sortie.
Streaming : la croissance n’est pas uniforme
On résume souvent le marché à une opposition entre streaming triomphant et physique déclinant. Le rapport raconte quelque chose de plus fin.
L’abonnement progresse de 7,5 % et atteint 291,5 millions d’euros. Le streaming audio financé par la publicité progresse de 5,1 %. Mais le streaming vidéo recule de 11,9 %, le SNEP attribuant ce repli à la baisse des revenus publicitaires sur les plateformes vidéo. Notre lecture de ces trois lignes : la croissance du numérique tient d’abord au modèle par abonnement, les deux formats financés par la publicité évoluant en sens opposés.
Le volume va dans le même sens. Les écoutes issues des abonnements représentent 79 % des 81 milliards de streams audio du semestre.
IA et classements : les trois règles du SNEP
C’est la nouveauté du semestre, et elle est entrée en vigueur en mai 2026. Le SNEP applique désormais des principes qui déterminent si un titre développé avec de l’intelligence artificielle générative a le droit de figurer dans les classements officiels français.
La distinction de départ est claire : d’un côté les enregistrements assistés par IA mais issus d’une démarche créative humaine, de l’autre les morceaux entièrement générés par la machine. Trois conditions cumulatives pour être éligible :
- Intervention humaine substantielle. Une commande textuelle ne suffit pas.
- Transparence. Le recours à l’IA doit être annoncé clairement au public.
- Légalité de l’outil. Le service utilisé doit être autorisé et conforme au cadre légal français.
Le cadre a été construit avec l’IFPI et s’appuie sur le rapport remis en juillet 2026 par la professeure Alexandra Bensamoun au Conseil supérieur de la propriété littéraire et artistique. Le directeur général du SNEP Alexandre Lasch résume l’objectif : distinguer l’IA utilisée comme outil au service d’une démarche créative humaine des contenus purement synthétiques. Il renvoie par ailleurs à la proposition de loi portée par la sénatrice Laure Darcos, qu’il souhaite voir débattue à l’Assemblée nationale.
Détail amusant relevé par Yacast, qui mesure les diffusions radio : les titres générés par IA restent pour l’instant rares à l’antenne. Les règles arrivent avant le problème, ce qui est suffisamment inhabituel pour être signalé. Le texte intégral des critères figure dans le dossier du SNEP.
Les exploits du 1er semestre 2026
Le SNEP lance par ailleurs le Trophée n°1, remis chaque semaine aux artistes en tête du Top Albums et du Top Singles. Imaginé par la designer Dorota Dolenc et réalisé par la maison Leblon Delienne, il sera complété en fin d’année par des trophées annuels, dont trois catégories : Rock & Metal, Classique et Jazz.
Le rap tient une place centrale dans ce palmarès. PLK ouvre le Top Albums semestriel avec Grand garçon, Ninho suit en troisième position avec M.I.L.S 4, et Werenoi place deux projets dans le Top 15. Ce répertoire est rassemblé dans notre collection de vinyles rap et hip-hop.
Côté domination locale, les chiffres parlent d’eux-mêmes : 72 % du Top 200 Albums est français, les quatre premières places aussi, et 15 des 20 meilleurs singles sont d’expression française. Sur les 46 premiers albums parus dans le semestre, 80 % sont des productions françaises. Les artistes féminines sont désormais 44 dans le Top 200 Albums, quatre de plus qu’un an plus tôt, et sept titres du Top 20 Singles sont co-interprétés par des artistes féminines, contre cinq en 2025.
Les classements complets sont publiés par le SNEP.
Radio : qui a occupé les ondes
Bruno Mars rafle la quasi-totalité des indicateurs avec I just might. Le single entre en programmation sur 101 stations de radio et 9 chaînes de télévision, et s’impose en tête du classement semestriel de 40 stations du panel, ce que Yacast présente comme un record depuis la création de ces bilans. Huit semaines consécutives en tête de l’airplay hebdomadaire, du 13 mars au 7 mai.
Taylor Swift, elle, est l’artiste la plus diffusée toutes ondes confondues : 131 497 diffusions comptabilisées en radio et télévision, 1,4 milliard de contacts cumulés, 33 titres programmés. Elle place trois morceaux dans les classements, dont The Fate of Ophelia à la 4e place du Top 100 Radio.
Côté francophone, 56 titres figurent dans le Top 100 des meilleures diffusions, trois de plus qu’en 2025, et 44 nouveaux talents y sont représentés. Melodrama prend la 2e place radio et télévision, et devient numéro un sur 12 stations du panel.
Mais le chiffre qui interpelle est ailleurs. La part des nouveautés diffusées en radio recule à 41,9 %, en baisse de 1,7 point sur un an, et de 14,2 points sur dix ans. NRJ passe de 85,2 % à 77,8 % de nouveautés, soit 7,4 points de moins en un an. Skyrock suit avec 5,2 points de baisse.
Paradoxe apparent : les radios diffusent proportionnellement moins de nouveautés, mais en font entrer davantage. Les 34 principales stations du panel ont intégré 1 410 titres en programmation sur le semestre, en hausse de 3,6 %, dont 605 nouveautés francophones, en hausse de 4,3 %. Notre lecture : elles testent plus de titres, mais les font tourner moins longtemps.
Certifications : 147 albums, 720 singles
Le semestre a vu 147 albums certifiés, dont 58 Or, 43 Platine, 25 Double Platine, 14 Triple Platine, 3 Diamant, 2 Double Diamant et 2 Triple Diamant. Côté singles, 720 certifications : 382 Or, 210 Platine et 128 Diamant.
Deux enseignements en ressortent. D’abord la domination francophone se confirme aussi ici : 73 % des singles certifiés sont des productions françaises, contre 67 % un an plus tôt. Ensuite, et c’est plus intéressant pour les collectionneurs, 52 % des certifications du semestre concernent des albums parus depuis moins de trois ans, six points de plus qu’en 2025. Le SNEP y voit l’effet du streaming sur la durée d’exploitation des enregistrements. Un disque met plus longtemps à atteindre son seuil de certification, mais il continue de vendre.
Cinq albums féminins figurent parmi les certifications Triple Platine du semestre : Theodora, Santa, Zaho de Sagazan, Juliette Armanet et Billie Eilish.
Ce que le bilan musique 2026 change pour votre collection
Les chiffres du SNEP décrivent un marché, pas une pratique d’achat. Les quatre lectures qui suivent sont les nôtres.
Le vinyle n’est plus un support de rattrapage. Avec 58 % du marché physique en valeur et des revenus en hausse de 5,8 % quand le CD perd 14,4 %, il concentre l’essentiel de l’investissement des labels en pressage. Les sorties majeures devraient continuer d’exister en 33 tours.
Les albums vivent plus longtemps. Puisque plus de la moitié des certifications concernent des disques de moins de trois ans, les titres restent commercialement actifs bien après leur sortie. Un album qui vous a échappé au pressage initial a de bonnes chances de connaître une réédition.
Le rap et la pop francophone orientent les tirages. C’est une opportunité pour qui collectionne ce répertoire. C’est un signal de vigilance pour les autres esthétiques, où les pressages restent plus confidentiels et s’épuisent plus vite.
Les sorties événementielles partent en quelques jours. Le cas BTS le montre : un album porté par une communauté mobilisée prend la tête des ventes physiques dès la première semaine. Sur ce type de sortie, attendre un mois revient souvent à attendre un repressage.
Pour choisir le matériel qui rendra justice à ces pressages, consultez notre comparatif des meilleures platines vinyles.
Le rock et metal figure parmi les trois catégories retenues pour les Trophées n°1 annuels, aux côtés du classique et du jazz. Pour explorer ce répertoire en galette, notre top 10 des vinyles rock incontournables donne une porte d’entrée.
Et si vous débutez, notre guide des accessoires de platine pour débuter réunit l’essentiel avant le premier achat.
Le marché de la musique 2026 en six questions
Yacast pour le SNEP, synthèse airplay du 1er semestre 2026, éditée en septembre 2026
Conseil supérieur de la propriété littéraire et artistique, rapport d’Alexandra Bensamoun sur le statut des productions de l’intelligence artificielle, juillet 2026, cité par le SNEP
Les visuels reproduits dans cet article sont extraits du rapport SNEP sans modification.
