Paradessence, le troisième album de Visible Cloaks, est une œuvre d'émergence et d'illusion. Ses quatorze titres se déploient sur un fond nocturne faiblement lumineux, un espace caverneux façonné par des représentations hyperréalistes et éparses du monde naturel. Les arrangements, à la fois grandioses et fragiles, constituent une inversion et un aboutissement de leurs précédents travaux, et sont aussi audacieux que tout ce qu'ils ont produit jusqu'à présent. Depuis leur transformation de Cloaks en Visible Cloaks en 2014, Spencer Doran et Ryan Carlile ont cartographié une matrice complexe de concepts opposés : organique et artificiel, hasard et intentionnel, authentique et reproduit. Le titre de l'album lui-même, tiré du mot-valise satirique d'Alex Shakar, contraction de « paradoxal » et « essence », reflète directement ces tensions : la paradessence du produit de consommation est le « noyau schismatique » qui lui confère son attrait (dans l'exemple de Shakar, le café est désiré car il est à la fois relaxant et stimulant). L'équilibre subtil de Paradessence confère à ces tensions une urgence accrue, car la vie au XXIe siècle est elle-même bouleversée par ces mêmes tensions. Le silence est un personnage essentiel chez Paradessence ; il se fait sentir non seulement dans la sculpture sonore, mais aussi dans la pression qu'il exerce sur toute chose et sur ce qui en émerge. On perçoit comment les sons portent en eux leur propre silence, oscillant entre existence et disparition, traversant des cycles de vie à la manière d'un micro-organisme. Les instruments qui sous-tendent Paradessence possèdent une dimension collective. Ils se meuvent comme un troupeau, comme lorsque le vent souffle sur un champ de feuilles et que l'air devient visible dans l'immobilité ; plusieurs espèces cohabitent dans le même chant, émergeant, s'estompant et se transformant au fil de quelques minutes. Un utopisme plane en filigrane ; un rapport aux futurs imaginés qui n'est ni naïf, ni cynique, ni nostalgique. L'univers que Visible Cloaks a bâti au fil du temps prend souvent forme grâce à des collaborateurs, dont certains sont de retour pour Paradessence. Motion Graphics (Joe Williams) intervient sur “synthetic woodwinds” et a également co-mixé l'album, sculptant ses formes de sa signature sonore. Les morceaux “Shapes” et “Thinking” ont été développés avec les pionniers de la musique environnementale Yoshio Ojima et Satsuki Shibano, qui avaient déjà collaboré avec le duo sur le projet intergénérationnel FRKWYS, serenitatem. L’ensemble Componium, le projet de « musique de chambre indéterminée » de Doran, composé d’instruments logiciels auto-joueurs, fournit l’infrastructure de “System”. L’album met également en vedette Ioana Șelaru, compositrice et violoniste roumaine, qui prête sa voix et son jeu de cordes à “Intarsia”. Paradessence est une musique électronique qui, par ses formes changeantes, ne se contente pas d'évoquer une représentation abstraite de notre réalité onirique actu