À l'époque de son enregistrement, Beaubourg est l'album le plus expérimental de Vangelis et celui qui scinde les familiers du claviériste grec en deux camps. D'un côté, les admirateurs transis, de l'autre, les critiques amers. Cet album de 1978 porte le nom du quartier de Paris où le jeune Papathanassíou (son nom complet) a vécu quelques années à la fin des années 60, et est tombé sous le charme de son environnement culturel ainsi que de la France en général. Vangelis provoque avec "Beaubourg" une véritable cassure. Plus question ici d'aller chatouiller le cosmos à coups de Yamaha CS-80 ou de tricoter des nappes de sons vaporeux. On bascule ici résolument dans une certaine agressivité des sonorités qui rebondissent chaotiquement sans aucun souci mélodique. Vangelis se livre avant tout à l'improvisation et laisse libre cours à son imagination sur ces deux longues suites sans cesse soumises à des changements capricieux de rythmes ou d'ambiances. En ce sens, les choses se rapprochent davantage des ouvres de pionniers de l'électronique comme Edgar Varese ou LaMonte Young. Et à ce moment-là, tout ne devient qu'une question de goût. Les amateurs de progressif électronique bien mélodieux et bien ficelé tournent rapidement les talons et fuient par les fenêtres et les soupiraux, tandis que les aventuriers de l'inaudible, les explorateurs de la musique des sphères se laissent tenter par l'expérience et voient en Vangelis un musicien bien plus visionnaire et audacieux que Jean-Michel Jarre, à l'époque le seul musicien comparable à Vangelis dans ce genre de musique.
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