Rocío Márquez a réussi un tour de force incroyable : celui de mettre tout le monde d'accord. Les néophytes, à qui elle ouvre d'emblée par la pureté et la douceur de sa voix les portes d'un monde, le Flamenco, jugé souvent dur et hermétique ; les exigeants aficionados (amateurs éclairés), convaincus par son talent et sa maîtrise des palos (styles, formes) les plus rythmiques ; et les plus orthodoxes du flamenco. Intensité de l'interprétation, mélismes subtils, clarté exceptionnelle de la voix, sobriété et précision du chant : loin des effets de séduction dont il est si facile d'abuser, Rocío Márquez a choisi la voie d'un art pur, dépouillé et sincère. La jeune andalouse, née en 1985 à Huelva, défie les clichés : Paya (non gitan) à la claire chevelure et aux yeux verts, elle chante le flamenco depuis l'âge de neuf ans sans tenir compte des propos grinçants sur son allure non conforme aux canons supposés d'une cantaora. Se détournant de l'expression torturée, souvent associée au cante jondo, sa voix claire s'élève plus volontiers vers l'azur qu'elle ne reflète la noirceur des abysses. En 2012 la sortie de son 1er album « Claridad », la propulse auprès des Paco de Lucia, Enrique Morente ou Miguel Poveda dans le club très fermé des non gitans étant parvenus à s'imposer dans le monde du Flamenco tout en l'ouvrant au grand public. En choisissant de placer son nouvel album « El Niño » - à paraître le 2 février 2015 - sous l'étoile de Pepe Marchena (1903-1976), Rocío Márquez se positionne clairement dans la famille des rénovateurs du flamenco, tout en affirmant une vision noble et populaire de cet art.
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