Aussi difficile à imaginer soit-il, il fut un temps où les Sun City Girls n'existaient pas. Avant que les frères Bishop ne s'associent au batteur et chaman Charlie Gocher pour former le trio classique de SCG, il existait divers groupes improvisés de freaks et de weirdos de la région dePhoenix - des groupes qui n'existaient que le temps d'un concert, d'une scène ouverte ou d'une soirée avant de se dissoudre sans laisser de traces. C'est de ce milieu qu'est né Paris 1942, un groupe éphémère formé par le guitariste Jesse Srogoncik et qui comprenait Alan Bishop, Richard Bishop et l'ancienne batteuse du Velvet Underground Maureen Tucker. Paris 1942 ne donnait que quatre concerts en autant de mois, mais entre avril et août 1982, le groupe se réunissait plusieurs fois par semaine dans le salon de Tucker, où le groupe composait et répétait avec une discipline quotidienne. Bien que P42 n'ait rien sorti durant sa brève existence, un EP et un LP 7" (tous deux éponymes) ont discrètement fait leur apparition sur le label Majora au milieu et à la fin des années 90. Jusqu'à présent, ces deux titres, ainsi qu'une apparition sur la compilation Amuck de Placebo fin 1982, étaient la seule preuve documentée de l'existence de ce groupe improbable, fortuit et magnifique.Si ceux qui s'attendaient à ce que la musique de P42 sonne comme un mélange envoûtant du chaos iconoclaste des Sun City Girls et de la drogue primitive des Velvets ne seront certainement pas déçus, Paris 1942 transcende la plupart du temps ces attentes presque impossibles. Les chansons de Srogoncik, en particulier, sont une révélation, partageant autant de points communs avec l'exubérance grivoise des Gun Club et le punk chapbook de Peter Laughner qu'avec les références les plus évidentes. La clairvoyance du groupe à documenter et immortaliser cette rencontre musicale - une rencontre aussi improbable qu'éphémère - établit un chaînon manquant entre les Velvets et les Voidoids, entre les Dead Boys et les Dead C, entre ESP-Disk' et DNA. Bien plus qu'une curiosité historique, Paris 1942 offre un regard neuf sur un underground américain embryonnaire et malheureusement en voie de disparition. C'est une musique qui s'interroge sur le passé et anticipe mille futurs possibles. - James Toth (extrait des notes de pochette)