KIOSQUE D ORPHEE UNE EPOPEE DE L'AUTOPRODUCTION EN FRANC
Description
Pendant longtemps, je tombais sur ces disques sans vraiment parvenir a` comprendre ce qui les reliait, a` part un macaron et ce fameux logo dessine´ par Rene´ Dessirier. Puis, en fouillant un peu plus, j'ai de´couvert ce lien de 'l'auto-production'. Pour des chorales, des e´tablissements scolaires, des chanteurs de folk, de jeunes groupes de pop, des foyers populaires et me^me de grands compositeurs qui gravaient des copies uniques de certaines sessions d'enregistrement...- - Pendant franc¸ais du 'Derby Service' anglais, le Kiosque d'Orphe´e, ancien- nement au 7 Rue Gre´goire de Tours dans le 6e`me arrondissement, est repris par Georges Batard a` partir de 1967 et de´me´nage au 20 Rue des Tournelles dans le 4e`me arrondissement de Paris. L'aventure durera jusqu'en 1991. Georges Batard e´tait un inge´nieur du son qui avait un graveur Neumann a` lampes, pour graver les ace´tates a` partir des bandes qu'il recevait, avant d'en tirer les pre´cieux vinyles, dans les usines de presse de l'e´poque, ou` il avait la possibilite´ de faire de tous petits tirages, entre 50 et 500 exemplaires. - - Il y avait e´videmment d'autres structures qui permettaient de sortir ses disques comme Voxigrave ou plus tardivement FLVM, mais aucune n'avait autant de disques a` son catalogue. Le Kiosque d'Orphe´e n'e´tait ni un label ni un e´diteur, mais une structure qui vous permettait de presser vos propres vinyles, a` une e´poque ou` c'e´tait toute une aventure que de faire parai^tre son premier 45 tours ou son album 33 tours ! - - Georges Batard e´tait de´crit comme quelqu'un de passionne´ et de tre`s consciencieux. A son propos, son fils, le bassiste Didier Batard, e´crivait : - - 'Georges e´tait passionne´ par l'enregistrement et la reproduction sonore ste´- re´o de sa grande passion, la musique. Il portait une grande attention aux taux de distorsion, aux rapports signal/bruit, aux courbes de re´ponse, aux temps de monte´e, et autres facteurs d'amortissement du mate´riel audio. Il cherchait la reproduction exact du son des salles de concert dans son salon. (avec le me^me niveau sonore, si possible...). A la fin des anne´es 50 / de´but des anne´es 60, il avait trouve´ d'autres passionne´s du son au sein de l'AFDERS (Association Franc¸aise pour le De´veloppement de l'Enregistrement et de la Reproduction Sonores). Il en e´tait devenu le pre´sident d'honneur. Tous les samedi apre`s-midi, ses membres se re´unissaient pour tester du mate´riel au- dio. Leurs avis e´taient publie´s dans le mensuel la Revue du Son.' - - Vous n'aviez qu'a` envoyer vos bandes et a` choisir le nombre d'exemplaires de disques avec lesquels vous repartiriez sous le bras, pour pouvoir enfin partager vos cre´ations et, d'une certaine manie`re, exister. Vous pouviez opter pour une pochette ge´ne´rique, de´cline´e en plusieurs couleurs, directement person- nalisable avec votre nom et les cre´dits, ou vous pouviez concevoir vous-me^me votre pochette re^ve´e dans votre salon ou chez un imprimeur. - - Ce Temple du 'Do It Yourself' donna naissance a` de superbes pochettes. Re´a- lise´es au pochoir, e´crites a` la main, illustre´es avec des peintures, des dessins, des illustrations d'amis ou de petites amies de l'e´poque, des tirages photos colle´es ha^tivement au milieu d'une pochette vierge et blanche, sur laquelle les traces du temps viendraient laisser leurs empreintes pour que des colleti- neurs et autres curieux viennent les acheter des de´cennies apre`s, avec la promesse d'une de´couverte musicale, malheureusement pas toujours exauce´e... - - Le point commun de la plupart de ces disques est la jeunesse de leurs auteurs-compositeurs, qu'ils aient fait carrie`re ou non. Des histoires de potes, de de´brouille et des re^ves de gloire ont constitue´ ce catalogue. Il s'agissait le plus souvent de production amateur, aussi bien dans le niveau des musiciens que dans la qualite´ d'enregistrement, fait sur un deux pistes ou, luxe ultime, sur un 4 pistes dans sa chambre d'adolescent ou dans le salon des parents. - - C'e´tait le de´but du home studio, gra^ce a` l'apparition du magne´tophone a` bande portable Revox. Du bricolage un peu bancal, mais, en contrepartie, le luxe de ne se fixer aucune limite : des morceaux d'une face entie`re, aucune censure exte´rieure, pas de directeur artistique, pas de manager, pas de logos Barclay ou EMI/Pathe´ Marconi ... - - Quand on avait enfin son propre disque, on pouvait alors le donner ou le ven- dait aux amis, a` la famille ou apre`s des concerts. On pouvait aussi le de´poser chez le disquaire de la ville la plus proche, avec une fierte´ non dissimule´e. - - C'e´tait aussi une carte de visite que l'on pourrait envoyer a` des radios ou a` des labels de musiques en caressant l'espoir de lancer sa carrie`re... - - Bien des protagonistes de cette histoire ont essaye´ de signer dans des labels mais a` l'e´poque les ponts n'e´taient pas si aise´s a` trouver entre sa ville de pro- vince, voir son village, et la major ou le label plus pointu qui aurait pu sortir ces disques. A l'e´poque, les publicite´s publie´es dans la presse par le Kiosque d'Orphe´e ont ouvert le champ des possibles aux compositeurs provinciaux. C'e´tait de´sormais possible de faire son disque, sans avoir a` passer l'examen d'une signature dans un label. - - Certains des compositeurs qui ont fait carrie`re se sont servis de ce biais pour sortir leur premier disque ou des projets paralle`les (Claude Engel, Dominique A, Andy Emler, Michel Deneuve, Claude Mairet, Mick Piellard, Tristan Mu- rail...) et parfois me^me des copies de travail ou promotionnelles en pressage unique ou tre`s limite´s (Bernard Parmegiani, Jef Gilson...). - - Cet album est la conclusion d'une longue enque^te, commence´e il y a six ans. Un travail de longue haleine pour retrouver les disques, e´parpille´s un peu partout, chez des collectionneurs et parfois chez les musiciens eux-me^me, puis les e´couter, parfois pe´niblement, pour de´nicher ces moments de gra^ce. - - De ce travail, il reste 23 morceaux, mais il y en a des dizaines d'autres qui auraient pu s'y retrouver, il a fallu choisir et le choix se devait d'e^tre le plus universel possible. Cette se´lection n'est e´videmment pas objective, mais j'es- pe`re qu'elle vous plaira. - - Aujourd'hui reste la musique brute, touchante et puissante.
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