Michel Portal de 1970 serait-il le chaînon manquant entre Eric Dolphy et Albert Ayler ? Après avoir oeuvré aux côtés de François Tusques pour défendre un free jazz « made in France », le voici à la tête d'un quintette international où chaque membre brille de mille feux : John Surman, Barre Phillips, Stu Martin et Jean-Pierre Drouet. Le quintette a eu carte blanche pour explorer la free-form dans de longs morceaux ambient afin de composer cet album « Alors! » qui ne laisse à l'auditeur qu'une seule envie : en redemander !A-t-on encore besoin de présenter Michel Portal ? Clarinettiste promis au monde classique et contemporain après son passage au Conservatoire de Paris, il décide de s'essayer au jazz avec une flamboyance incandescente ! Après une première expérience avec André Hodeir et Pierre Michelot, il bouscule les codes avec François Tusques (Free Jazz, en 1965) avant de fonder l'emblématique Michel Portal Unit. C'est ce Portal de l'époque que « Alors ! » nous offre l'opportunité de redécouvrir.« Il y a des périodes d'insolence », déclara le musicien, et l'année 1970 en fut une à part entière. À la tête d'une troupe internationale impétueuse, un quintette composé de John Surman (saxophones, clarinette basse), Barre Phillips (contrebasse), Stu Martin (batterie) et Jean-Pierre Drouet (percussions), Portal passe du saxophone alto à la clarinette dans les compositions partagées avec ses partenaires.Dès les premières notes, le groupe déchaîne une véritable explosion sonore avec « OO Bam Ba Deep », martelé par les cuivres et les percussions.S'ensuit le fabuleux free jazz de « Yes, Oh Yes, You Wondrous Sun Kissed Maiden! » et la fantastique marche déstructurée de « Ça Boom? », qui secoue les musiciens dans tous les sens. Le quintette, imaginant que les auditeurs auraient besoin de reprendre leur souffle, ajouta judicieusement : « Billie the Kid » et « Undercurrent », de merveilleux moments de mystère ambiant. Audacieux de bout en bout, pochette comprise - l'homme-oiseau et son cerveau quintette dessinés par Avoine -, l'album est un objet fabuleux, auquel le label Futura avait donné des ailes à l'époque. Et pour sa réédition d'aujourd'hui, un seul mot suffit : la traduction française du titre !