La Cinémathèque française à Paris m'a fait appel pour écrire et interpréter la musique pour la projection de la version restaurée de Nosferatu. J'ai été un peu dépassé par le succès de la représentation. La salle était comble. Je n'avais pas l'intention de la rejouer, mais le public n'arrêtait pas de me la demander. Au début, la bande originale était plus improvisée et réactive aux images, mais après quelques représentations, le public m'a en quelque sorte guidé. Commencer par quelques notes et construire la partition lentement jusqu'à une fin sombre et puissante. J'ai trouvé sur un marché un vieux 45 tours avec des enregistrements d'oiseaux disparus, que j'ai traités électroniquement et intégrés à la partition. En manipulant les sons de la guitare électrique avec un accordage alternatif, j’ai réussi à créer un sentiment de peur, à la hauteur de celui des victimes du comte Orlok. Pour moi, Nosferatu incarne cet oiseau de mort, symbole de la peste. La peste noire dépeinte dans le film offre un parallèle intemporel avec la société contemporaine. Le comte vampire Orlok infeste la ville de rats et la population est contaminée par la peste. La mise en quarantaine s'impose, provoquant l'hystérie. Un phénomène similaire à celui de nos jours. - Jozef van Wissem