Lorsque sort ce disque, cela fait cinq ans que Jeff Buckley est mort en 1997, tragiquement disparu au cours d'une noyade accidentelle. Cinq années où les enregistrements inédits, publics ou démos, n'auront cessé de paraître. Celui-ci, particulièrement émouvant, date de l'arrivée à New York du fils du prodige du folk américain Tim Buckley, c'est-à-dire de la période qui va de 1991 à 1992, où le Gotha du rock le découvrit, stupéfait, à un concert paraît-il mémorable donné dans une église de Brooklyn. Cette arrivée fut par ailleurs marquée par sa rencontre avec le guitariste de la dernière mouture du Magic Band de Captain Beefheart, le virtuose Gary Lucas, comme par sa rencontre d'une certaine frange de la scène avant-gardiste downtown (il figurera dans les chours d'un disque de John Zorn avec la grande formation Cobra), Rebecca Moore (sa compagne qui enregistrera pour le compte du label du club Knitting Factory), Bill Frisell, le guitariste de jazz, ou Sex Mob, groupe du trompettiste Steve Bernstein - ces deux derniers ici présents. À l'écoute de Songs To One 1991-1992, on ne peut que vibrer sur les premières versions, brutes de décoffrage, des standards que sont entre-temps devenus "Grace" et "Mojo Pin". Comme on se délectera de la longue et vibrante relecture de "L'Hymne à l'amour" qu'il affectionait tant. À l'époque, Jeff Buckley n'était encore qu'un proche de Gods & Monsters, le combo de Gary Lucas. On n'allait pas tarder à découvrir Live At Sin-é. Quant à la suite, sans autre commentaire : elle est historique.
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