En collaborant avec le duo expérimental Lorelle Meets the Obsolete dans leur studio El Derrumbe à Ensenada, au Mexique, ces sessions ont permis d’intégrer le sens de la communauté à l’album, même si son essence émotionnelle s’était déjà forgée au fil de plusieurs mois de préproduction. Joo Joo Ashworth, ingénieur du son et ami de longue date, a également joué un rôle central en aidant à cristalliser le langage rythmique de l’album et en élargissant subtilement le son du groupe. Holy Wave étend son atmosphère enivrante caractéristique vers quelque chose de plus épuré et direct. On y trouve davantage de boucles et d’échantillons entremêlés qu’auparavant, des grooves qui semblent construits, cycliques, hypnotiques. Certains morceaux dérivent vers l’espace élastique du dub ; d’autres vibrent d’une gravité cinématographique au tempo ralenti. Un élan de fraîcheur imprègne l’album, avec des rythmes qui entraînent, des textures imprégnées de rêve, des nappes de fuzz et des voix doucement suspendues. « dewey’s dirge » se déploie patiemment : des guitares brumeuses s’épanouissent, tandis qu’une pulsation motorik adoucie se déplace régulièrement en arrière-plan. Les voix restent submergées, s’élargissant plutôt qu’explosant. Si les précédents albums de Holy Wave se caractérisaient souvent par une impression de dérive, I’m DADA semble désormais ancré dans le présent. L’album n’abandonne pas l’immersion ; il la canalise. Les grooves s’affirment, les répétitions gagnent en puissance, et la musique reste posée et inébranlable au milieu de ses thèmes plus sombres. Ce qui en ressort n’est pas une réinvention, mais un affinement, Holy Wave ressemblant moins à un groupe dérivant dans l’atmosphère qu’à un groupe la façonnant délibérément au milieu du chaos.