À la fin des années 1980, c’est une micro-scène, on n’ose dire un mouvement, constituée autour d’un petit label pop, Sarah Records, qui traduisit de façon plus douceâtre le spleen bristolien, sur des 45 tours vinyle, où des voix blanches et gauches se posaient péniblement sur des guitares carillonnantes. Quand ça n’agaçait pas (souvent), ça avait un charme fou (parfois). Un disque vient de sortir de Bristol, qui renvoie à tout ça, avec infiniment plus d’assurance et d’envie d’en découdre : Fires in Distant Buildings, de Gravenhurst, faux groupe, oeuvre d’un solitaire du nom de Nick Talbot. La pâleur de la voix, le sentiment de « nevermore » qui court tout le long de l’album rappellent les groupes Sarah ; mais ici, on ne baisse pas la garde, on ne laisse pas la mélancolie imposer sa loi, on la brusque à grands coups de décharges électriques furieuses et de sons d’usine, en descendance directe du premier Joy Division, voire du non moins fondamental premier Pale Saints, avec çà et là des relents de post-rock et de psychédélisme. C’est pourtant, avant tout, avec une chanson acoustique et lente que le disque emporte le morceau, une mélodie en suspension qui agit comme un baume. Elle s’appelle Nicole, et il y a peu de choses à en dire, si ce n’est que c’est le type de chanson qui fait le vide autour de soi, et que si elle avait des bras, on viendrait s’y blottir. On pourrait d’ailleurs très bien l’appeler comme ça, la chanson de Bristol : Nicole. Epok, l’hebdo de la Fnac – chronique de Dominique A
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