On peut affirmer sans trop se ridiculiser que Haydn a inventé, tout seul, la forme définitive du quatuor à cordes. L'art du développement, la texture, l'individualité de chacun des quatre instruments, dans un langage qui même délicatesse, profondeur, humour, drame, galanterie, voilà ce qu'il a légué à la postérité. C'est lui, en particulier, qui a libéré le violoncelle et l'alto des rôles subordonnés qui étaient les leurs dans les premiers quatuors - qui n'étaient, en réalité, que des divertissements légers et aimables ; c'est encore lui qui a fait évoluer le menuet, hérité des suites de danses, vers le scherzo d'essence symphonique. En réalité, Mozart puis Beethoven puis Schubert n'eurent qu'à se servir dans cet inépuisable fonds de trouvailles, de solutions, d'astuces - et d'ineffables beautés - pour mener l'art du quatuor à son apogée. En complément de programme, le Quatuor Kodály nous propose les Sept dernières paroles du Christ en croix, dans la version pour quatuor établie par Haydn lui-même en 1787 dans la foulée de la version orchestrale d'origine. Pour finir, on peut entendre l'ultime quatuor de Haydn, inachevé, écrit en 1803 : il n'a eu l'occasion que d'achever les second et troisième mouvements, l'andante et le menuet. Un grand moment d'émotion de la part de ce vieux bonhomme qui voit son élève (peu reconnaissant) Beethoven accéder aux plus grands honneurs tandis que ses propres forces le quittent. Schubert pointe déjà largement derrière ces quelques pages mystérieuses.
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