Nous aimons croire que nos vies peuvent se transformer en histoires, avec des arcs narratifs nets, un sens clair, mais la vie refuse les schémas prédéfinis. Au contraire, elle avance brutalement, sans s'excuser, indifférente à notre besoin d'ordre. Nowhere Faster, le seizième album d'El Ten Eleven, est né de ce malaise. À travers huit titres, il explore non seulement le néant, mais aussi la vitesse, cet étrange sentiment d’urgence qui nous propulse en avant, même quand la destination n’est pas claire. L'album de 33 minutes ralentit juste assez pour poser les questions essentielles : de quoi fuyons-nous, et que pensons-nous pouvoir distancer ? Nowhere Faster est né de la plus longue pause de Kristian Dunn et Tim Fogarty entre leurs tournées et leurs enregistrements, en 23 ans de carrière, même si le terme « pause » est quelque peu trompeur. Le rythme créatif effréné de Dunn, réputé pour son énergie débordante, n'a jamais faibli. Au contraire, il s'est mis à composer pour deux batteurs, offrant à Fogarty l'un des défis les plus exigeants de sa carrière. Cet album marque une première pour le groupe, intégrant de véritables cordes et un piano tout au long des morceaux, enrichissant ainsi la palette sonore de ce qui est déjà l'une de leurs œuvres les plus complexes. Nowhere Faster n'est pas un repli sur la nostalgie. El Ten Eleven reste fidèle à sa volonté de prendre des risques et de se réinventer. L'album continue de mettre en avant la batterie percutante de Fogarty et les expérimentations de Dunn à la basse : les quatre premiers titres (« face A ») font la part belle à la basse électrique, tandis que la seconde moitié (« face B ») privilégie la basse acoustique traitée aux pédales d'effets, modifiant subtilement la charge émotionnelle de l'album. En fin de compte, Nowhere Faster est un album qui parle de prise de conscience, du temps, de l'endurance et de l'incertitude quant à la durée de vie d'un groupe, ou même d'une vie. Nous tâtonnons tous vers la finitude. La question n'est pas de savoir si nous y arriverons, mais ce que nous voulons entendre en chemin. Sur quoi danserons-nous alors que le sol se dérobe sous nos pieds ? Sans doute à quelque chose qui ressemble à Nowhere Faster.