How Sad, How Lovely : Comme c'est triste, comme c'est beau... C'est le titre d'une chanson et de l'unique album de Connie Converse, et c'est un peu l'histoire de sa vie. Commençons par la fin, suspendue. En août 1974, Connie Converse, âgée de 50 ans, employée à l'université du Michigan et souffrant de dépression, met ses affaires dans sa Cox et s'en va, laissant des lettres d'adieu à ses proches. Pas de nouvelles depuis. Si Connie Converse est encore en vie, pure hypothèse, elle a 85 ans. Si elle est morte, c'est le fantôme de sa jeunesse, et de sa gloire avortée, qui vient aujourd'hui nous hanter et nous enchanter sur l'album How Sad, How Lovely. Flashback : En 1954, Connie Converse a 30 ans. Originaire du New Hampshire, elle vit à New York depuis 1949, et compose des chansons qu'elle interprète en famille. En 1954 donc, Gene Deitch, un de ses fans, animateur radio, propose de l'enregistrer. 1954, c'est peu après la mort d'Hank Williams, et c'est l'année de naissance du rock'n'roll. Mais pour Connie Converse, qui ressemble à une maîtresse d'école célibataire, ça pourrait tout aussi bien être 1854, ou 1254. Foncièrement folk - guitare, chant -, ses chansons semblent venir du temps des pionniers américains, voire de l'époque lointaine où de gentes dames du vieux continent se languissaient derrière les murs de châteaux forts pendant que leurs seigneurs de maris étaient à la bataille. Des ballades hors d'âge et solitaires, des berceuses rongées par la mélancolie, des élégies à la fois paisibles et bouleversantes, chantées d'une voix blanche et douce. Des chansons courtes, essentielles, à la tristesse insondable, réchauffée par une lueur d'espoir laconique. Le blues de la femme blanche guéri par la musique, tel qu'on l'entendait 20 ans plus tôt dans les enregistrements poignants de la Carter Family. Ou la bande-son de l'americana immuable et désolée peinte par Edward Hopper. Comme c'est triste, comme c'est beau. Malgré la qualité de ses chansons et l'enthousiasme de Gene Deitch, Connie Converse n'a jamais pu entrer dans le circuit des artistes qui font des concerts et des disques. En 1961, elle quitte New York, part vivre et travailler dans le Michigan, réservant ses talents de songwriter et d'interprète à ses proches. Dont nous sommes aujourd'hui. Trente ans après la disparition de Connie Converse, retraité d'une longue carrière de réalisateur et producteur, Gene Deitch est invité à présenter ses chansons préférées sur une radio américaine. Dans sa playlist, il y a One By One de Connie « la faute à pas de chance » Converse. Derrière le poste, il y a Daniel Dzula, un homme qui tombe amoureux de One By One, et va pister les chansons de Connie Converse pendant 3 ans, pour se lancer dans la production de l'album qui sort aujourd'hui - il a créé un label rien que pour ça (www.lauderette.com). Un disque poétique, rare et hanté, qu'on écoute dans les limbes d'une rêverie modianesque. Ces précieuses chansons sauvées du néant, on les découvre 55 ans après leur enregistrement, et on aurait juste envie de leur dire : les filles, vous nous avez manqué..
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