Johanna Martzy, une violoniste pour les violonistes ? Longtemps la poignée de ses albums microsillons ne fut disponible au CD que dans un joli coffret Toshiba Japon. C’est là que j’ai appris son art si intense, ses cantabile audacieux, son violon aux registres si marqués, et dans un microsillon DG où Ferenc Fricsay lui accompagnait le Concerto de Dvorak, en le cambrant dès les accords de l’incipit. Depuis Testament a réédité les EMI, et DG republié dans la grande anthologie symphonique Ferenc Fricsay le Dvorak. La même œuvre enregistrée pour les micros de la radio deux jours plus tôt ouvre ce double album thésaurisant les enregistrements consentis par la violoniste hongroise au RIAS de Berlin. Même élan, même sonorité pleine, dans le final un rien de liberté en plus, et surtout l’équilibre parfait entre le soliste et l’orchestre : les questions et les réponses à égalité. Tout le reste de l’album est consacré à la musique de chambre où son accompagnateur de toujours, Jean Antonietti, l’accompagne finement, musicien auquel manque l’audace mais jamais la sensibilité : leur Première Sonate de Brahms est d’un lyrisme contagieux, les pièces baroques plus dites que ciselées, les bis plein de propos avant que de brillant – la Berceuse sur le nom de Fauré de Ravel ! Mais le sommet reste la Première Sonate de Bach dont les polyphonies s’incarnent par un jeu sur les registres sciant – les basses rugissent, les aigus flutent, ce n’est plus un violon c’est un orgue ! (Discophilia, Artalinna.com). (Jean-Charles Hoffelé)
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