La prise de son, tout d’abord, remarquable de définition et de présence, enchante. Elle nous fait entrer dans les trois univers de ces compositeurs aux esthétiques éloignées mais qui sont nés dans la même décennie. Profondément affaibli par la maladie, Debussy renia sa Sonate pour violon et piano, comme s’il refusait l’impression de liberté qui en est la marque profonde. Pourtant, dès la première mesure, on sait l’auteur de la partition attentif aux plus infimes détails et jusque dans les harmonies hispanisantes du premier mouvement. Les deux interprètes définissent l’espace sonore de cette musique à l’écriture si distendue et qui s’achève dans les parfums ibériques d’une Habanera. C’est davantage l’univers de l’opéra et, en l’occurrence celui de Katia Kabanova, qui ouvre la Sonate de Janacek. Le caractère du piano aurait pu être davantage rhapsodique. Pour autant, la diversité des climats est restituée avec beaucoup d’élégance. C’est comme si le romantisme encore si présent dissimulait le caractère expressionniste et profondément désespéré de la partition. Les deux solistes sont plus à leur avantage dans la Sonate de Strauss. Cette œuvre de transition, entre la fin des études et le début des premiers poèmes symphoniques, révèle en pleine lumière la personnalité du compositeur. Les deux interprètes font jeu égal : ils possèdent le sens de l’espace et savent porter les phrases jusqu’à leur dernier souffle. C’est une belle lecture rayonnante du romantisme finissant. (Jean Dandrésy)
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