On avait laissé Anna Aaron il y a quelques mois dans l'environnement sylvestre et tellurique de "Dogs In Spirit". Un monde de tumultes intérieurs, de pulsations primordiales et de contemplations mystiques. Un 1er album d'une force renversante, pour un talent d'une limpidité aveuglante, qui a donné à Anna Aaron uneaura particulière sur la scène suisse, d'une beauté quasi vénéneuse. Aujourd'hui la chanteuse bâloise ressort du bois avec "Neuro", à l'orée d'un univers que l'on devine toujours aussi hanté, dense, sombre et tortueux. Mais si la signature vocale et mélodique restent, comme le piano souverain, Anna Aaron a su croître artistiquement autour de ces pôles magnétiques, et au-delà des attentes pourtant énormes reposant sur ses épaules. Magnifiquement produit par David Kosten (Bat For Lashes) et servi par la frappe de Jason Cooper (batteur de The Cure) et la science instrumentale de Ben Christophers (Bat For Lashes), "Neuro" visite des confins inédits, là où l'organique se fait immatériel, et questionne les frontières de la perception. "Avant, tout ce qui n'était pas physique était spirituel. Aujourd'hui, tout ce qui n'est pas physique est digital. C'est un peu comme si l'univers numérique avait sa propre mystique", explique-t-elle. Anna Aaron en a fait son terreau créatif, les morceaux ont poussé, presque d'eux-mêmes, gorgés d'un fluide nouveau.